samedi 19 juillet 2008

CINE : HELLBOY II



En 2004, Guillermo Del Toro (L'Echine du Diable, Mimic) adaptait la BD Hellboy de Mike Mignola avec le succès que l'on sait : direction artistique flamboyante (photo, casting, décors, costumes, design idéaux... Mignola lui-même avait beaucoup travaillé sur le film) ; mise en scène fluide, puissante et hiératique (les poses iconiques de Kroenen et Hellboy, les combats homériques et dévastateurs, les visions d'apocalypse...) ; atmosphère sombre et baroque (l'ouverture, le rêve de Liz, l'enterrement, le réveil de Kroenen...) ; équilibre parfait entre horreur, émotion, humour, action et étrangeté...

J'ai pu voir Hellboy II à San Francisco la semaine dernière (il ne sort en France que le... 29 octobre) et, comme les bandes-annonces le laissaient présager, le film s'avère très différent du premier épisode. Aux ambiances lovecraftiennes de Hellboy I, Hellboy II substitue un univers de fantasy foisonnant, détaillé, proche du conte de fées et du folklore -sans doute le plus riche couché sur pellicule depuis Le voyage de Chihiro (des dizaines de créatures ne sont visibles que quelques secondes !).

Somptueusement mis en images, Hellboy II porte la marque de Del Toro du premier au dernier plan : l'érudit et enthousiaste Guillermo figure en effet parmi les rares cinéastes qui définissent et maîtrisent de A à Z la conception, notamment graphique, de leurs films -des dessins de préproduction, qu'il consigne dans son carnet de notes, au montage en passant par l'écriture ou les effets spéciaux. En cela, il s'apparente aux grands cinéastes d'animation. La scène d'ouverture, où le "père" d'un Hellboy encore adolescent lui raconte l'histoire des "légions d'or" pour qu'il s'endorme, donne le ton : il s'agit tout simplement d'un mini-court métrage d'animation en images de synthèse, au style délicieusement épuré, dont l'ampleur et les couleurs crépusculaires évoquent le prologue de la Communauté de l'Anneau.

La beauté à la fois merveilleuse et funèbre de cette introduction s'incarne dans le personnage du "méchant", le Prince Nuada. Cet Elfe pâle aux longs cheveux blancs veut reprendre la Terre aux humains en invoquant à nouveau ces sanglantes "légions d'or", créées par son père. Valorisé par le découpage époustouflant de Del Toro, Nuada se déplace avec une grâce invraisemblable dans de brèves et jouissives scènes de combat à la lance et à l'épée, annihilant ses assaillants dans des postures et des chorégraphies dignes des meilleurs films d'arts martiaux hongkongais et comic-books. Personnage tragique et noble, Nuada tente de séduire Hellboy en lui rappelant qu'il est un monstre tout comme lui : les hommes risquent bien de se retourner un jour contre lui...

On en arrive à ce qui aurait pu être le coeur du film : l'opposition entre Hellboy et l'espèce humaine. Il y a quelques années, alors que cette suite n'était pas même écrite, Del Toro avait annoncé vouloir approcher le personnage d'une manière plus réaliste (à la Watchmen ?) en répondant à la question suivante : comment réagirait le monde si l'existence d'une créature comme Hellboy était rendue publique ? L'idée, effectivement présente ici, est pourtant reléguée au second plan, noyée dans un film qui se concentre plutôt sur un bestiaire sublime et des scènes comico-sentimentales certes drôles et touchantes, mais peut-être moins essentielles aux enjeux dramatiques. En sous-exploitant ce thème prometteur, Del Toro limite la portée émotionnelle d'un film déjà sérieusement affaibli par la musique décevante de Danny Elfman. Dépourvue de mélodies marquantes, celle-ci se révèle très inférieure à la partition massive et mémorable composée par Marco Beltrami pour le premier Hellboy, dont elle abandonne malheureusement tous les leitmotivs (y compris le superbe Hellboy and Liz).

En l'état, Hellboy II reste l'une des superproductions hollywoodiennes les plus bizarres, personnelles et audacieuses vues depuis le Batman Returns de Tim Burton, ou... le premier Hellboy. L'orientation fantasy de cet épisode annonce le prochain projet, énorme, du réalisateur : une adaptation en deux parties du Bilbo le hobbit de Tolkien pour Peter Jackson, auteur de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Sortie en 2011.

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